Ghost defense

Chapitre 1

1

 

     Jason essaya désespérément de rayer la plaque de marbre flambant neuf à l’aide d’un bout de branche.

     — Ils auraient pu l’appeler autrement...

     Dan pencha la tête sur le côté.

     — Je trouve que « Cimetière du chemin » c’est pas mal.

     Ben donna un coup de pied dans le pilier droit du portail principal.

     — Ça veut surtout rien dire. Y’a des chemins partout dans le coin, comment tu veux que les gens sachent lequel c’est ?

     Dan grimaça.

     — On devrait rentrer... J’aime pas trop m’approcher de l’extérieur...

     Jason leva les sourcils.

     — C’est parce que t’as peur que les gardiens déboulent pour nous faire la morale ?

     — J’ai surtout peur qu’ils nous punissent. Si ils sont de mauvaise humeur, c’est jamais bon signe pour nous...

     Jason posa la main sur son épaule.

     — T’inquiète pas, on est pas vraiment dehors. Et puis, c’est pas comme si on essayait de s’enfuir...

     Il avait à peine terminé sa phrase que le sifflement caractéristique de la porte céleste se faisait entendre.

     Dan agita les bras dans tous les sens.

     — Rentrez ! Vite ! Ils arrivent !

     Ben tira Jason à l’intérieur du cimetière et le sifflement s’arrêta instantanément.

     — On est pas passés loin. Je sais vraiment pas pourquoi je te suis à chaque fois.

     Jason sourit et lui mit une claque dans le dos.

     — Tu me suis parce que tu trouves que mes idées sont très bonnes et que tu te serais trop ennuyé si t’étais resté à devoir marcher tout le temps tout seul.

     Dan rentra la tête dans les épaules et regarda partout autour de lui en écrasant sa balle antistress en forme de tomate.

     — Vous êtes sûrs qu’ils vont pas venir ? On est vraiment hors de danger ?

     Ben acquiesça.

     — Ils seraient déjà là, sinon.

     — Allez, on y va !

     Jason prit la tête du trio, comme il le faisait toujours.

 

     Le cimetière n’était pas très grand, mais il se distinguait par ses arbustes qui fleurissaient à foison dès l’arrivée du printemps et par ses petits chemins joliment pavés, ornés de bancs en fer forgé blanc et de lampadaires ouvragés du début du siècle passé.

     Après quelques heures de déambulations, le petit groupe s’arrêta devant trois tombes où se détachaient leurs noms.

     Dan montra du doigt les deux stèles qui entouraient la sienne.

     — Je comprends toujours pas pourquoi ils m’ont mis avec vous.

     — Pourquoi ? demanda Jason. On n’est pas assez bien pour Monsieur ?

     Ben lui mit un coup d’épaule.

     — Laisse-le tranquille ! Il a le droit de poser la question. Tu ferais pareil si t’avais été à sa place.

     — Si j’avais été à sa place, je serais pas mort comme ça !

 

     Artiste peintre fauché, Jason n’avait jamais réussi à attirer les foules. Personne ne s’intéressait à ce qu’il faisait et aucune galerie n’acceptait ses tableaux, prétendant qu’ils étaient incompréhensibles, même pour le critique le plus compétent.

     Il décida donc de faire sa propre exposition dans un hangar désaffecté.

     La veille du grand jour, il termina les préparatifs ; il apporta sa touche majeure : sa plus belle toile.

     Il entra dans le hangar sans allumer la lumière et manqua de perdre l’équilibre.

     La toile qu’il tenait heurta un câble.

     Le câble se tendit et renversa une chaise.

     La chaise bascula et percuta un pot de peinture qui se vida sur le sol.

     Jason posa le pied sur la peinture et tomba dans le liquide vert poisseux.

     Sa jambe se projeta en l’air sous l’effet de la chute et mit un coup dans l’étai qui était mal fixé.

     La poutre métallique qu’il soutenait arriva directement sur la tête de Jason.

     La mort fut presque instantanée, mais le tableau resta intact.

 

     — Tu penses que je suis mieux mort que toi parce que j’avais de l’argent ? cria Dan. Tu crois que je voulais mourir maintenant ? Comme ça ?

     Ben rigola en lui tapotant l’épaule.

     — C’était quand même plus classe que Jason. Mourir riche, ça a son charme.

Dan ronchonna en haussant les épaules.

     — C’était quand même une mort stupide.

     Ben s’assit à côté de Jason installé devant sa pierre tombale, les bras autour de ses jambes repliées.

     — Fais pas la tête. De toute façon on peut plus rien y changer maintenant. Et puis, je suis pas arrivé ici d’une façon intelligente non plus, hein...

     Dan ouvrit la bouche pour répliquer, mais le bruit redouté des pas lourds des gardiens se fit entendre.

     Jason et Ben se levèrent en une fraction de seconde.

     Jason esquissa un sourire en coin.

     — Vous avez pris votre temps !

     Il se retourna rapidement et soupira de soulagement.

     — Vous avez été détectés comme sortant du cimetière, gronda le gardien 1524.

     Le gardien 1809 hocha la tête et leva le doigt.

     — Pour être plus précis, vous avez été détectés comme voulant sortir du cimetière.

     — C’est pourquoi vous devez nous accompagner, reprit 1524. Vous avez des comptes à rendre à l’au-delà.

     Son impeccable costard noir à chemise blanche faisait presque oublier le cheveu qu’il avait sur la langue.

     Jason se retint difficilement pour ne pas éclater de rire.

     Ben regarda Dan et Jason avec un signe de tête.

     — On vous suit. (Il se pencha vers l’oreille de Jason et baissa la voix.) Si nos calculs sont bons, tout devrait se dérouler comme on l’a prévu.

     Jason se rapprocha.

     — Heureusement que Dan est pas au courant de notre plan, je suis sûr qu’il aurait fini par tout répéter.

     Ben sourit.

     — Comme on va être punis pendant un moment, tout va marcher, tu vas voir.

     Jason sourit et haussa le ton. 

     — On vous suit, même si on connaît le chemin.

     1524 lui lança un regard noir, yeux plissés, avant de pivoter sur ses talons et filer vers l’ouverture aux bords lumineux qui indiquait l’entrée de l’au-delà.

     1809 lui emboîta le pas, le suivant comme son ombre.

     Ben mit un coup de coude à Jason.

     — Pourquoi tu veux les provoquer ? On a déjà ce qu’on voulait. N’en rajoute pas, on veut pouvoir revenir ici tout à l’heure.

     Jason haussa les épaules en levant les yeux au ciel.

     — D’accord, chef.

     Mais l’heure était arrivée et le portail céleste faiblit.

     1524 poussa 1809 à l’intérieur et le suivit juste avant la disparition du cercle lumineux. 

 

     À 14 h 30 précises, le cimetière ouvrait ses portes pour laisser entrer les foules censées venir se recueillir sur les tombes de leurs défunts. Les visiteurs, toujours en nombre le week-end, patientaient plus ou moins calmement devant le portail jusqu’à ce qu’il les laisse enfin passer.

     Ensuite, c’était le drame.

     Les hordes d’endeuillés franchissaient le seuil de ce lieu de repos éternel avec presque autant de matériel qu’ils en auraient apporté s’ils étaient venus s’entasser sur la plage : des vélos, des ballons, des chaises aussi – pliantes, pour que ce soit plus facile à transporter – et des glacières remplies de sandwichs et autres friandises.

     Et pour couronner le tout, les jours où la température dépassait les 20°C, certains étaient aussi accompagnés de leurs transats et de leur crème solaire.

     Ben serra les lèvres.

     — J’aurais préféré me faire incendier par la cheffe.

     Dan se prit la tête dans les mains.

     — On aurait jamais dû faire ça un samedi !

     Jason se laissa tomber sur l’herbe.

     — Pourtant on avait bien calculé, mais on pensait pas qu’ils allaient mettre autant de temps à arriver. Pourquoi ils ferment l’au-delà à la seconde où le cimetière est ouvert ? Ils ont peur de quoi ?

     — Que les vivants s’en rendent compte, répondit Ben. Imagine que certains puissent nous voir, ils pourraient aussi voir la porte céleste.

     Dan se recroquevilla à côté de Jason.

     — Ce serait encore pire que tout...

   Les responsables des fantômes, tous bien au chaud dans leurs bureaux de l’au-delà, étaient capables d’une grande fermeté lorsqu’il s’agissait de respecter le règlement. Aussi, toute infraction était systématiquement punie, même si la sévérité de la chose était parfois toute relative.

     Ben tapa du poing dans sa main.

     — C’est trop bête ! On avait bien calculé pourtant !

     Dan leva un sourcil.

     Jason se tourna vers lui.

     — On avait un plan super simple : on voulait attirer les deux relous avant l’ouverture du cimetière pour qu’ils nous emmènent dans les bureaux.

     — Et on aurait été punis au moment où le portail se ferme, continua Ben.

     Jason hocha la tête.

     — Du coup, on aurait pu rester là-bas tranquillement et les vivants nous auraient pas pris la tête.

     Dan haussa les épaules.

     — Vous pensez pas qu’ils auraient compris le truc ?

     Ben secoua la tête.

     — Le temps de tenter un dialogue avec la cheffe, on aurait échappé à tout.

     Jason fit la moue.

    — Je comprends pas pourquoi les gardiens sont arrivés avec des heures de retard. Si ils étaient venus un peu plus tôt, on aurait été sauvés.

     Ben secoua la tête.

     — Il faudrait vraiment qu’on leur fasse comprendre ce qu’on doit endurer à chaque fois que les gens entrent ici.

     — Si ça se trouve, ils le savent déjà, répondit Dan. C’est peut-être aussi pour ça qu’ils ferment l’au-delà.

     Les trois fantômes soupirèrent lourdement.

     Samedi.

     14 h 34.

     Le cauchemar commençait à peine.

 

     — Eddy, reviens, j’ai ta glace au chocolat ! cria une femme, chapeau de paille à moitié sur la tête et haut de bikini rose fluo dépassant de son débardeur blanc.

     Un garçon d’environ neuf ans stoppa sa course à peine démarrée et se retourna lentement.

     — J’en voulais une à la fraise.

     — Je t’en achèterai une autre quand tu auras fini celle-ci.

     Eddy rejoignit sa mère en traînant les pieds.

     Ben s’écarta de l’arbre sur lequel il s’était appuyé et posa son menton sur les épaules droite de Dan et gauche de Jason.

     Dan soupira.

     — C’est vraiment de pire en pire. Heureusement que les gens travaillent la semaine, parce que sinon on pourrait jamais se reposer !

     — J’ai envie de faire tomber sa glace au chocolat, ajouta Jason. Elle est déjà presque fondue et il a quasiment rien avalé.

     Ben ricana.

     — Attends qu’il ait la suivante. Ce sera encore plus drôle si c’est justement celle qu’il voulait qu’il peut pas avoir.

     Tous trois penchèrent la tête en même temps, un coup à gauche, un coup à droite.

     Dan se racla la gorge.

     — On est méchants, non ?

     Jason s’écarta, faisant perdre l’équilibre à Ben qui dut se rattraper au dernier moment.

     — Non. À quel moment les gens ont commencé à se dire qu’un cimetière était l’endroit idéal pour faire des pique-niques ? (Il dévisagea la mère d’Eddy en la montrant du menton.) Et elle ? Il manquerait plus qu’elle ait apporté une piscine gonflable, elle a déjà le maillot de bain !

     Dan fit la moue.

     — Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? On en a parlé plusieurs fois à la cheffe et aux gardiens, mais ils veulent rien changer.

     Jason se rapprocha d’Eddy et se pencha jusqu’à frôler son visage.

     — On a qu’à les faire partir.

     Le gamin releva la tête et plissa les yeux, avant d’arborer un rictus qui n’annonçait rien de bon.

     — Je sais que vous êtes là.

     Jason sursauta et fila rejoindre les autres.

     — Vous avez entendu ?

     Dan écarquilla les yeux.

     — Il peut nous voir ?

     — Je pense pas, dit Ben. Il a dû sentir le souffle de Jason qui était trop proche de lui... (Il saisit brutalement Jason par le col et le traîna un peu plus loin.) Qu’est-ce qui t’a pris de te mettre aussi près ? Tu veux qu’on finisse réincarnés tout de suite, et en branche d’arbre ou en pneu de vélo ? 

     — La réincarnation, ça existe pas, répondit Dan. On risque rien, on est déjà morts. Moi je suis d’accord avec Jason : il faut les faire partir, même si je sais pas comment on pourrait faire sans l’aide de l’au-delà.

     Ben le poussa d’un coup.

     — Dis pas ça ! Tu veux te porter la poisse ? (Dan le regarda en levant un sourcil.) Tu sais combien les agents de réincarnation travaillent dur pour nous donner des vies suivantes adaptées ? En y croyant pas, tu prétends que tout ce qu’ils font est inutile.

     Dan fit la moue.

     — Mais si ça existe vraiment, ça change rien que j’y croie ou non. Je vois pas en quoi ça peut gêner les agents.

     Jason mâchouillait un brin d’herbe.

    — Ils croulent sous les dossiers. J’en ai vu plein sur un bureau la dernière fois qu’on a été convoqués. (Il mit la poignée d’herbe qu’il tenait dans la main sous le nez de Dan.) Et l’agent qui devait s’en occuper était presque en train de pleurer à la machine à café.

     Ben regarda Dan avec insistance.

     — Tu vois ! L’après-vie est plus dure pour eux que la vie qu’on avait et qui était déjà pas forcément facile. (Il pointa Dan du doigt.) T’as pas le droit de dénigrer leurs efforts !

     Dan regarda ses deux compagnons du coin de l’œil, lèvres serrées, menton relevé.

     — J’ai jamais travaillé, tu veux que je les comprenne comment ?

     Jason lâcha ce qu’il tenait dans la main.

     — Arrête de réfléchir, y’a pas mort d’homme. Mais fais gaffe à pas dire ce genre de choses quand on est là-bas, sinon on sait pas trop ce qui pourrait t’arriver.

     — Tu penses qu’ils l’enfermeraient dans une espèce de prison ? demanda Ben.

     — Ils en ont ?

     — Je sais pas, je fais juste une supposition. Mais avoue que ça fait pas envie...

     Dan les regardait, bras croisés.

     — Prévenez-moi quand vous aurez terminé. Je vais aller faire un tour au fond, y’a moins de monde.

     Jason le rattrapa.

     — Fais pas la tête, Daniel.

     Dan le foudroya du regard.

     — Je t’ai déjà dit de...

     — Stop ! cria Ben. On fait une pause ! Regardez !

     Il montrait du doigt un petit groupe installé entre deux zones de tombes.

     Dan écarquilla les yeux. 

     — Mais... Qu’est-ce qu’ils font ?

     Jason plissa les yeux et les fixa quelques instants.

     — Je crois qu’ils installent un filet pour jouer au volley.

     — J’y crois pas... articula Ben. Juste devant la tombe de Bailey, en plus.

     — Pauvre Bailey, dit Jason. Il a pas mérité ça.

     — Les voyous ! cria une voix nasillarde juste derrière eux. Les brigands ! Les malandrins !

     Les trois fantômes se retournèrent.

     — Bailey !

    Le vieillard au chapeau de pêcheur enfoncé sur la tête, à la barbe presque blanche et au regard perçant, ne quittait pas les sportifs des yeux.

     Il leva le poing.

     — Ils vont me le payer ! Je vais les...

     Et il tomba au sol.

     Ben et Jason le soulevèrent et l’adossèrent contre un arbre.

     — C’est fou, dit Ben. Il sait qu’il peut pas s’énerver, mais il le fait quand même.

     Dan grimaça.

     — Si c’est comme ça qu’il est mort, c’est qu’il peut pas s’en empêcher. C’est dans sa nature.

    — Mais je suis d’accord avec lui, ajouta Jason. Ces gens-là sont des parasites. Comme je l’ai dit tout à l’heure, il faut les virer. C’est la seule solution.

     Ben se redressa.

     — Tu veux faire ça comment ? On peut pas toucher les vivants.

     — Mais on peut attraper de l’herbe, dit Dan. Donc on peut toucher les objets et en faire ce qu’on veut.

     Jason sourit, mit un doigt sur sa bouche et s’avança à pas de loup vers une famille assise sur un banc.

     Le père, habillé bien plus chaudement que toutes les autres personnes présentes, regardait, bras et jambes croisés, ses jumelles jouer à la corde à sauter dans une des allées, pendant que la mère allaitait son petit dernier.

     Jason montra de loin la corde à sauter à Ben et Dan.

     Ben lui fit un signe.

     — Vas-y ! On doit savoir si c’est possible !

     Jason se posta derrière une des fillettes et saisit la corde à sauter au moment où elle était au plus haut.

     La petite lâcha tout instantanément et partit en hurlant vers son père. La seconde resta figée devant la corde suspendue dans les airs.

     — Reviens ! cria Ben. On sait pas si les gamines peuvent te voir, reste pas !

     Jason revint au pas de course.

    — Vous avez vu ça ? Non seulement je peux attraper des objets qui font pas partie du cimetière, mais en plus, les vivants les voient comme on les met. On pourrait même faire quelque chose de très artistique...

     Ben lui donna un coup de coude.

     — On a pas décidé de faire une expo, on veut trouver un moyen de faire partir tout le monde !

     Dan croisa les bras.

     — Et de faire fermer le cimetière. Je pense que cette solution serait vraiment la meilleure. De toute façon, personne de nos familles vient nous rendre visite, on aurait rien à perdre.

     Ben soupira et baissa la tête.

    Il attrapa son porte-clé fétiche – une orque en peluche, anciennement accrochée au rétroviseur de son foodtruck – et le serra dans sa main.

     — Je pense qu’il faut éviter de se précipiter. Commençons par trouver des idées et on choisira la meilleure. Ça vous va ?

     Jason lui jeta un coup d’œil malicieux. 

     — Tu veux éviter de reproduire la même erreur que quand tu es mort ?

     Ben lui lança un regard noir.

     Jason baissa immédiatement la tête.

     Dan les écarta l’un de l’autre.

     — On va réfléchir. On va en parler, et on verra bien.

     Jason bougonna en regardant Ben, tête baissée.

     — C’est bien la première fois que tu prends une initiative qui ait un peu de sens.

     Dan se redressa en souriant.

    — Je ne révèle mon véritable potentiel que dans des situations d’urgence. Et celle-ci en est une. (Il esquissa un geste de dédain en direction des touristes.) Alors on ferait bien de s’éloigner de tout ça, là, et d’aller faire le point. (Il attrapa la manche de Jason et poussa Ben.) Allez ! On y va !

 

     Quelques heures et aucun mal de crâne plus tard, les trois fantômes souriaient.

     — Vous êtes sûrs ? demanda Ben. C’est vraiment la seule chose qui reste possible ?

     Dan et Jason secouèrent vivement la tête.

     — Non seulement c’est la seule, répondit Dan, mais c’est la meilleure !

     Ben fit une légère moue.

     — Pourtant, notre idée de départ était vraiment intelligente...

     — Oui, mais on peut pas dépendre de gardiens incompétents, répondit Jason. Regarde ce qu’ils ont fait aujourd’hui. Qu’est-ce qui te dit qu’ils pourraient pas recommencer ? Et si on joue à ça tous les samedis, l’au-delà va vraiment se douter de quelque chose et ils pourraient nous mettre dans une situation encore pire.

     Ben haussa les épaules.

     — D’accord. On prend votre idée, alors, si y’a pas le choix.

     Dan et Jason se regardèrent quelques secondes.

     Puis ils se mirent à bondir et à sautiller un peu partout.

     Dan s’arrêta brusquement et se figea.

     — Me dis pas que tu as changé d’avis ! dit Jason.

     — Non, non, je suis toujours d’accord avec ce qu’on a décidé, mais le cimetière est en train de fermer...

     Ben croisa les bras.

     — Et alors ? On va être tranquilles ! C’est une bonne nouvelle !

     Dan leva la tête et lança son menton vers l’avant.

     — Et alors, c’est l’heure des représailles. On va devoir subir les foudres de la cheffe...

     Il avait à peine terminé sa phrase que la porte céleste s’ouvrait, laissant passer les deux gardiens attitrés.

     1524 et 1809 se plantèrent de nouveau devant Jason, Ben et Dan.

     — Allons-y, dit 1524. Cette fois-ci, vous n’échapperez pas à la sentence.

     Jason baissa la tête.

     — On y était presque... (Il se redressa et haussa la voix en souriant.) La prochaine fois, venez plus tôt !

     1809 se retourna et s’avança jusqu’à se trouver à quelques centimètres de lui.

     — Vous n’êtes pas les seuls à créer des ennuis. (Il pointa son doigt contre le visage de Jason.) Mais sachez que maintenant, nous vous avons à l’œil.

     1524 s’arrêta sans se retourner et toussota.

     1809 reprit immédiatement sa place derrière lui et les cinq hommes franchirent le passage lumineux. 

 

***

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